
Le MagRH n°36, « Les RH face à l’IA », vient de paraître. Derrière ce numéro, quatre mois de travail et un pari éditorial rare : réunir 56 auteurs, DRH de grands groupes, chercheurs, syndicalistes, praticiens de terrain, sans chercher à faire converger leurs regards. Chacun a rapporté ses observations. Elles ne concordent pas toujours. Rien n’a été lissé. Le résultat : 195 pages, une cinquantaine d’articles, et aucune conclusion définitive sur un sujet dont personne ne détient encore la carte.
Ruben Fitoussi, cofondateur de Future Agency, fait partie de cet équipage. Il y signe une tribune sur trois pages, et son parti pris tranche avec la plupart des discours ambiants.
Une idée simple et dérangeante
Face à l’IA, la tentation est grande de vendre des certitudes : des outils, des gains de productivité, des décisions plus « objectives », des process enfin fluidifiés. Ruben prend le contre-pied. Pour lui, l’IA ne transforme pas les RH, elle les met face à leurs contradictions.
Elle n’invente aucun problème. Elle révèle ceux que les organisations n’avaient jamais vraiment pris le temps de nommer. Notre difficulté chronique à définir ce qu’est le travail. La confusion tenace entre management et contrôle. L’absence d’une véritable stratégie compétences derrière les grands discours sur la transformation des métiers. Là où l’on attend une solution technologique, sa tribune renvoie les RH à une question bien plus exigeante — et bien plus humaine.
Le vrai problème n’est pas l’outil
L’un des fils rouges de sa réflexion : un algorithme n’est jamais meilleur que les fondations sur lesquelles on le fait reposer. On demande à l’IA d’améliorer des décisions qu’on a du mal à expliciter, de fluidifier des process déjà surchargés, de corriger des biais qu’on n’a jamais nommés. La machine ne comprend pas le travail mieux que nous : elle hérite simplement de notre manière de le modéliser. Si cette modélisation est pauvre, l’outil le sera aussi.
Pire : mal orientée, l’IA peut renforcer un management déjà obsédé par la mesure, la traçabilité et le reporting. Elle promettait de redonner du temps aux managers pour l’essentiel, écouter, arbitrer, faire grandir. Elle finit parfois par ajouter une couche de contrôle supplémentaire. Ce n’est pas un problème technique, souligne Ruben, c’est un problème culturel.
La bonne question n’est pas celle que l’on croît
Le débat public s’enferme souvent dans un « l’IA va-t-elle remplacer l’humain ? ». Pour Ruben, ce n’est pas la bonne question. La vraie, c’est : qu’est-ce qui doit absolument rester humain ? Qu’est-ce qui, dans le recrutement, relève du discernement ? Dans l’évaluation, exige de la nuance et du contexte ? Dans le management, demande de la présence et du courage ?
C’est là que sa tribune propose un déplacement de regard : les RH ont un rôle de contre-pouvoir lucide à jouer. Non pas pour freiner l’innovation, mais pour l’empêcher de devenir aveugle. Non pas pour devenir expertes de tous les outils, mais parce qu’elles sont parmi les seules fonctions capables de relier technologie, organisation, management, compétences et expérience réelle du travail.
Un texte à l’image du numéro
Ce refus des réponses toutes faites fait écho à l’esprit du MagRH n°36 tout entier : 56 relevés qui ne concordent pas toujours, assumés comme tels. Une carte de plus, à corriger par les suivants. C’est plus exigeant à lire qu’une synthèse lisse… c’est aussi beaucoup plus utile.
Lire la tribune complète
La contribution de Ruben Fitoussi est à retrouver dans les pages du MagRH n°36, aux côtés de celles de dizaines d’autres voix de l’écosystème RH. Le numéro complet, 195 pages, une cinquantaine d’articles, est à télécharger gratuitement ici :
De quoi occuper un mois d’août...


